CO129-224 - Foreign Office - 1885 — Page 133

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tant de sa reconnaissance et de son dévouement envers la France, S. M. Norodom, sous l'influence de suggestions hos- tiles dont il est facile de deviner la nature, paraissait vouloir s'affranchir de ses obligations conventionnelles. » Le Gou- verneur insistait, en outre, sur l'influence prépondérante exercée sur Norodom par divers Européens qui avaient su capter sa confiance.

Au point de vue de l'administration intérieure du Cam- bodge, les conventions conclues en 1882 n'avaient donné que des résultats à peu près illusoires. M. Le Myre de Vilers l'avait reconnu lui-même dans une de ses dernières dépêches. Il y constatait le mécontentement général des populations, et mandait qu'il avait prescrit à notre Représentant « d'en- gager le roi à mettre un terme à des abus administratifs qui compromettent la sécurité. »

La contrebande de l'alcool et de l'opium se continuait sur une grande échelle à la frontière de Cochinchine, au dé- triment de la régie coloniale. Non content d'absorber tout le produit net des taxes arrachées aux malheureuses populations cambodgiennes, le roi concédait à des étrangers, Chinois et Européens, des monopoles en retour d'emprunts usuraires.

Des douanes intérieures étaient établies et affermées au mépris des stipulations du traité de 1863. Un semblable état de choses ne pouvait se prolonger sans les plus graves in- convénients.

Notre protection continuait de couvrir une tyrannie ré- voltante et les plus odieux procédés de gouvernement; nous n'avions pas même en retour la certitude que le monarque qui, depuis vingt ans, ne régnait que par nous, ne profiterait pas des complications où nous étions engagés pour nous créer des embarras nouveaux sur les bords du Mékong. De faux bruits de défaites subies par nos troupes étaient répandus à Phnom-Penh, colportés par les Chinois et par quelques-uns des étrangers européens en faveur à la cour de Norodom.

Le roi ne semblait avoir d'oreilles que pour les adver-

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saires de la France, tandis que le second roi, l'obbareach, son frère, qui nous est dévoué et les mandarins de notre parti étaient tenus systématiquement à l'écart.

M. le gouverneur de la Cochinchine, d'accord avec le Gouvernement métropolitain, jugea qu'il était indispensable, tout en procédant avec les plus extrêmes ménagements, de resserrer les liens du Protectorat. Une première Convention fut négociée en vue d'assurer la perception régulière des taxes indirectes sur l'opium et les alcools. Norodom avait successivement affermé ces monopoles à des Chinois et à des étrangers européens. Ces aliénations étaient à la fois ouéreuses pour le trésor royal, vexatoires pour les popula- tions et dangereuses pour le Protectorat, en ce qu'elles met- taient les agents du fisc sous l'autorité de chefs qui pou- vaient être ennemis de la France.

Les monopoles furent supprimés, et la perception des droits confiée à l'administration des contributions indirectes de Cochinchine, qui dut verser de ce chef au trésor royal une somme annuelle de 165.000 piastres, plus 6.000 piastres pour les provinces de l'apanage du Second Roi. Cette première convention fut signée, non sans difficultés, le 10 septembre 1883.

La deuxième préparée par le gouvernement métropolitain concernait le régime douanier.

Elle avait pour objet la suppression des douanes inté- rieures, établies et concédées arbitrairement par Norodom en contradiction avec les stipulations de l'article 10 du traité du 11 août 1863, et la conclusion de l'union douanière entre la Cochinchine et le Cambodge, deux pays dont la solidarité économique est indiscutable.

La suppression des douanes intérieures ne pouvait manquer de faciliter les échanges, d'assurer l'écoulement des produits du pays, et de contribuer ainsi aux progrès économiques du Cambodge. Les clauses du projet de con- vention sauvegardaient les intérêts du pouvoir royal, et lui assuraient même par la participation proportionnellle aux

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